Chapitre 13. Besoins

 

13.

Besoins

Le petit déjeuner arriva très vite pour Marion et Laurian. Les yeux rougis par le manque de sommeil, ils avaient beaucoup de mal à garder les paupières ouvertes. Marion avait enchainé les morceaux de musique toute la nuit jusqu’à épuisement, Laurian l’invitant encore et encore à interpréter les chansons du répertoire français.

 

Mélie et Rin s’était occupées du petit déjeuner ce matin et elles n’avaient pas lésinées sur les moyens. Céréales et chocolat chaud pour tout le monde et en quantité. Pourtant elles ne semblaient pas très à l’aise alors que tout le monde se régalait. Guy réagit au bout de quelques minutes.

 

- Qu’est-ce qu’il vous arrive les filles ? Vous en faites une tête.

 

- On a un petit souci, répondit Mélie. On a presque plus de lait, il ne reste que quelques briques. Tout juste de quoi tenir quelques jours.

 

- Ce n’est pas une bonne nouvelle, renchérit Rin. Surtout à notre âge, le lait est nécessaire pour notre croissance.

 

- On dirait qu’elle a mangé un dictionnaire cette nuit ! s’amusa Ben.

 

Rin vira au rouge vif et bondit en direction de l’enfant. Elle fut stoppée net par Guy qui la repoussa du bras.

 

- J’vais t’en faire avaler moi des dictionnaires, et par le…

 

- Ça suffit Rin ! Intervint Mélie.

 

 Elle se retourna vers le reste du groupe et  s’adressa à tout le monde.

 

- Elle n’a pas tord, on risque des gros problèmes osseux très rapidement si on exclu le lait de notre alimentation. Il va falloir qu’on aille au ravitaillement dans les maisons alentours.

 

- Si on fait un rapide topo sur la situation, intervint Laurian, ça laisse peu de maison. La route au sud est coupée par les araignées, on ne peut donc avancer qu’au nord. Ce qui laisse la ferme et la maison au dessus. Ça fait un peu léger pour trouver de quoi tenir à six.

 

- La ferme, on devrait y trouver du lait frais, non ? Ou une vache ? demanda Ben.

 

- Il doit être périmé depuis un bail le lait, idiot ! rétorqua Rin. Et tu as entendu une vache depuis que tu es là ?

 

- Il y a le supermarché plus au sud, ajouta Guy. On peut passer par le château pour y aller. Je n’ai pas vu d’araignée par là en venant.

 

- C’était il y plusieurs semaines déjà, le coupa Laurian. Il n’y avait rien à ce moment là, mais maintenant on ne sait pas.

 

- Et il y a les hommes Shar-peï sur la place, ajouta Ben. Je n’ai pas particulièrement envie d’en revoir un, ni de lui servir de déjeuner.

 

- On a pas le choix, intervint Mélie. Il nous faut du lait.


- Et quitte à se déplacer, autant rapporter ce qu’on peut, ajouta Rin.

 

Guy posa son bol encore fumant sur le sol et traça quelques lignes dans la neige fraîche avec son doigt. Il représenta sommairement le plan du village.

 

-Voila ce que je propose. Dans un premier temps, on va voir ce qu’on peut récupérer à la ferme. Il y a certainement quelques bouteilles de lait qu’on peut encore consommer. Au pire on trouvera bien des briques quelque part. On fait également la maison des Gentile, juste au dessus de la ferme et on ramène ce qu’on trouve.

- Déjà avec ça, on devrait y passer la journée, intervint Laurian. La ferme n’est pas très grande, mais on prendra le temps de tout explorer pour ne rien laisser derrière nous.

 

- Ensuite, en fonction de ce qu’on aura rapporté, reprit Guy, on verra pour prévoir un déplacement au supermarché. Là on est certain de revenir avec du lait et des céréales. On passera par le stade au nord du château pour y accéder sans croiser les araignées.

 

- Bonne idée, le coupa Laurian. En passant par la gauche de la salle de sport, le terrain est à découvert. En s’approchant doucement on verra bien si il y a quelque chose d’anormal. Et en plus on aura une vue dégagée sur presque tout le collège.

 

- On descendra ensuite par la rue du château. De là on pourra couper par le passage qui mène à la grand place et voir si il y a encore les hommes Shar-peïs, reprit Guy. Ensuite il faudra revenir par la même route avec les provisions. On utilisera les caddies du supermarché pour les transporter, ce sera plus simple.

 

- On y va tous ? lui demanda Marion.

 

- Pas cette fois. Je pense qu’on va devoir prévoir un groupe pour le déplacement et un qui reste ici pour garder le camp. C’est plus prudent.

 

- J’y vais, dit Laurian. Mélie m’accompagnera pour me soigner si besoin. Si tu es d’accord bien entendu.

 

- Je te suis, répondit-elle.

 

- Vous ne serez pas assez nombreux pour ramener les vivres, remarque Guy. Je viens avec vous.

 

- Non Guy, le reprit Marion. Il faut quelqu’un pour garder le camp et si ce n’est pas Laurian, c’est toi. J’irai avec eux.

 

- Tu es encore trop faible ! protesta Guy. C’est trop dangereux.

 

- J’irai également, le coupa Ben. Je pourrais griller un ou deux Shar-peï si besoin.


-On ne sait pas s’il y en a ailleurs que sur la place, Ben. Et dans un premier temps, on va aller au nord. Si il faut aller au supermarché on repassera ici d’abord pour prendre le temps de peaufiner un plan plus élaboré.

 

- Rin restera avec toi pour surveiller le camp, repris Laurian. Elle pourra être très utile avec son altération.

 

- Bien, puisque tout le monde est contre moi, je resterai donc ici avec Rin. On en profitera pour faire le ménage et regarder un bon film à la télé, dit-il ironiquement.

 

Marion repéra l’agacement de son ami et s’avança vers lui tendrement. Elle lui prit la main.

 

- On ne peut pas laisser le camp sans surveillance Guy, et qui d’autre que toi est le mieux placé pour le défendre ?

 

Guy rougit et acquiesça de la tête.

 

         – Ok Marion. Tu as gagné, je m’incline.

 

 

 

*

**

 

 

Le lendemain matin, le petit groupe se prépara l’expédition. Tout le monde s’équipa de son sac à dos et Laurian s’arma de sa hache. Marion et Ben n’avaient en théorie pas besoin d’emporter d’armes puisqu’ils pouvaient en créer à l’aide de leur altération, néanmoins Mélie, avec son seul pouvoir de guérison restait sans défense. II lui fallait trouver quelque chose pour se protéger. Marion s’approcha d’elle en portant un étui en cuir.


- Prend ça Mélie, ça pourra t’aider si besoin. C’est un couteau à viande. Ce n’est pas grand-chose, mais je l’ai pris chez moi quand je suis partie. Il est très tranchant, essaye de ne pas te couper.

 

- Merci Marion, mais je ne peux l’accepter. C’est un souvenir de chez toi, je ne peux pas t’en séparer.

 

- Je te dois bien ça Mélie. Sans toi je ne serais plus là aujourd’hui. Et puis je n’en ai plus besoin maintenant que j’ai compris comment fonctionne mon altération. Au pire, dis toi que je te le prête le temps qu’on retrouve nos parents.

- Ok j’en prendrai soin, mais toi veille à bien contrôler tes pouvoirs, je ne te sauverais pas une deuxième fois.

 

- C’est promis, lui répondit Marion en la serrant dans ses bras.

 

Ben les interpella avec toute la délicatesse d’un enfant de son âge.

 

- Bon quand vous aurez fini vos câlins, on pourra y aller les filles ?

 

- C’est parti.

 

Ben pris les devants suivi de Marion et Mélie. Alors que Laurian allait emprunter le même chemin, Guy s’interposa.

 

- Ramène la moi vivante Laurian, ou je t’étripe de mes propres mains.

 

Laurian ne répondit pas. Il le fixa un instant droit dans les yeux avec un air de défis puis repris son chemin vers la ferme.

 

- On y va, dit il plus à lui-même qu’au groupe. On commence par la maison des Gentile.

 

La neige avait bien fondu depuis leur dernière expédition dans les locaux administratifs du collège. En quelques minutes seulement, le petit groupe atteint la barrière blanche de l’enceinte de l’établissement, celle située tout au nord. Pendant leur avance, Laurian n’avait cessé de regarder en direction de la ferme, mais rien ne semblait bouger au-delà du grillage. Ils prirent toutes leur précautions avant de sortir de l’établissement, jetant des nombreux coups d’œil furtif de chaque côté de la route mais à leur grand soulagement rien ni personne n’arpentait la rue.

Le groupe entreprit alors leur avancée prudente en direction de la dernière maison du village, juste après la ferme. Tous les bâtiments étaient situés du même côté du trottoir, ça leur éviterai de traverser à découvert. En face, il n’y avait qu’un vieux garage de la ville servant à stocker quelques engins de déneigement.

 

 En passant devant la barrière de la ferme, Laurian s’attarda quelques instants, scrutant la cours et les granges au fond en espérant y trouver une trace de vie. Il reprit sa route en soufflant. Comment pouvait-il y avoir des survivants dans les maisons environnantes ? Si ça avait été le cas, Ils auraient entendu les conversations que les enfants échangeaient autour du feu de camps et ils les auraient rejoints depuis longtemps.


Laurian s’en voulu d’être aussi bête et reprit son chemin en direction de la maison suivante. Conformément à leur décision, ils commenceraient par visiter la plus au nord pour finir par la ferme. Il se retourna une dernière fois espérant encore que ses anciens voisins ne sortent de la grange, puis tourna les talons en arborant un air de déception..

 

A ce moment là, hors du champ de vison des enfants, le Pwerk traversa la cours en direction de la grange et s’y engouffra avec une rapidité stupéfiante.

 

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